Charles Bukowski - Au sud de nulle part (South of no North - Stories of the buried life)

Publié le par Zoldickun

Je vais tenter de dépoussiérer un peu ma rubrique littéraire. Je lis toujours autant qu'avant, mais c'est vrai que parfois je bloque pour présenter "bien comme il faut" des livres, tout comme ça me le fait avec les films ou les albums en fait.
Et pour reprendre j'ai choisi de parler du dernier livre que j'ai lu qui est la traduction par Brice Matthieussent (je précise car ça me semble important de dire que je n'ai pas lu en version originale, surtout que je n'ai pas du tout accroché sur certains choix de traduction) du recueil de nouvelles bukowskiennes intitulé South of no North - Stories of the buried life.




Pour commencer parlons brièvement de Charles Bukowski (Novelliste, poète et romancier américain né en Allemagne en 1920 et mort en Californie en 1994. Plus d'infos sur Wikipedia.) ou plutôt de mon rapport personnel à cet auteur.
J'ai découvert "Buk" entre 17 et 20 ans alors que je me nourrissais énormément de lectures liées à la Beat Generation (Kerouac bien sûr, Burrough et Ginsberg évidemment mais aussi Jim Caroll par exemple et bien d'autres encore). Je ne considère pas vraiment Bukowski comme étant vraiment un membre de la beat generation (il ne tenait pas trop à y être rattaché lui-même d'ailleurs), tout comme je ne considère pas Hubert Selby Jr comme un membre de la beat generation non plus, mais disons que par la suite je me suis pris d'un coup de cœur pour la plupart des écrivans majeurs de la littérature américaine contemporaine, Ernest Hemingway,
Henry Miller ou Bret Easton Ellis compris.
C'est donc tout à fait naturellement que j'ai goûté à du Bukowski. Contes de la folie ordinaire pour commencer. Évidemment (vu le titre) ! Immédiatement suivi des Nouveaux contes de la folie ordinaire. Il m'en fallait davantage. J'ai lu par la suite Women et Factotum avant de revenir en arrière pour découvrir enfin le Journal d'un vieux dégueulasse. Bukowski était alors à jamais rangé parmi mes écrivains références ; ça ne s'explique pas !
Malgré ça, et alors qu'il me restait pourtant trois ou quatre ?uvres du Buk à découvrir (il faudra que je lise Pulp un jour quand même...), eh bien figurez-vous qu'avant de me mettre à lire Au Sud de Nulle Part, ça devait bien faire cinq ou six ans que je n'avais pas ouvert un bouquin de Bukowski.
Et finalement, en voulant me racheter quelques bouquins à lire il y a deux semaines, je suis tombé sur ce livre non lu de Bukowski. Retour aux "sources" !


Pourquoi "Retour aux sources" ? (Et là on va se mettre à parler du bouquin un peu quand même). Eh bien parce que ce recueil de nouvelles, dans lequelle on retrouve ce bon vieux Henry Chinaski, c'est du Bukowski comme j'aime, comme mes premières amours que furent les Contes de la folie ordinaire.

Entre 215 et 220 pages. 27 nouvelles. En moyenne 8 pages par nouvelles. La plus courte en fait seulement 4. Et du coup ça se lit vraiment très bien, très facilement, super rapidement, surtout que c'est très bien écrit (évidemment).
De quoi ça parle  vous demandez-vous peut-être ? Moi, j'ai envie de répondre "de rien".
C'est (plus ou moins) autobiographique et donc ça parle d'alcool, de sexe, de courses hippiques et d'écriture. La vie d'un vieux poète défoncé qui croupit dans un taudis en claquant ses tunes dans l'alcool. La vie d'un pervers qui baise à droite à gauche.
La vie, pas si romancée que ça, de Charles Bukowski.


Voici la liste des nouvelles présentes dans ce bouquin. Je vais écrire deux-trois lignes dessus et choisir à chaque fois un petit extrait (une phrase ou un paragraphe entier) :



Solitude (Loneliness)

Une courte nouvelle de sept pages pour entrer dans l'ambiance (et ne plus lâcher le bouquin). Un homme qui a mis une annonce de rencontre sur sa voiture, une feme qui la voit, se montre tentée et rencontre l'homme. Pas forcément une bonne idée...

Extrait : "Vous savez une orgie sexuelle est l'endroit le plus solitaire qu'on puisse imaginer. Ces partouzes - le désespoir me tombait dessus - ces bites entrant et sortant - excusez-moi..."


Tap tap contre le rideau (Bop Bop against That Curtain)

L'histoire de trois "gamins" paumés, qui grandissent dans un quartier défavorisé entre le sport et les boîtes à strip-tease.

Extrait : "Nos parents se foutaient des écorchures, du sang et des bleus ; le péché capital et impardonnable, c'était de faire un trou dans un genou de notre pantalon. Chaque garçon possédait en tout et pour tout deux paires de pantalons : son pantalon de tous les jours et son pantalon du dimanche ; il était hors de question de faire un trou aux genous d'une de tes deux paires de pantalons, parce que cela prouvait ton dénuement et ta connerie, aisi que le dénuement et la connerie de tes parents."


Toi, ta bière et ta célébrité (You and Your Beer and How Great You Are)

L'histoire d'un boxeur relativement célèbre qui ne vit que pour ça.

Extrait : "Merde alors, c'est mon gagne pain, c'est ma vie. J'suis fier d'êt' le meilleur. C'est comme s'envoler, c'est comme s'envoler pour flanquer uen raclée au soleil"


Paradis interdit (No Way to Paradise)

Une histoire trop bizarre pour la résumer en deux lignes :p

Extrait : "De nouveau je pouvais être amoureux. C'était possible. On s'est embrassé. Je suis tombé dans ses yeux. Puis je me suis relevé et j'ai commencé à courir. Je savais où je me trouvais. Un cafard et un aigle faisaient l'amour."


Politique (Politics)

Extrait : "Je faisais à peine la différence entre Hitler et Hercule, et m'en contrefoutais. Simplement j'en avais marre d'écouter les prêchi-prêcha des patriotes nous haranguant pour liquider la bête. Je décidais de devenir l'opposition. Je ne me donnais même pas le mal de lire des trucs sur Adolf, je me contentais de déblatérer toutes les insanités et les horreurs qui me tombaient sous la main."


L'amour pour $ 17,50 (Love for $17.50)

Un homme qui tombe amoureux d'un mannequin en plastique !

Extrait : "Oh... Tu aimes cette chose plus que moi ? Ce tas de celluloïd ? Ce tas de merde industrielle ? Tu veux dire que tu aimes cette chose lus que moi ?"


Deux pochards (A Couple of Winos)

Extrait : "J'avais honte d'avoir abandonné Papa aux vautours de ce bled. Puis je me suis demandé si parfois la femme du vieux pensait à lui. J'ai décidé que non, ou que, dans l'affirmative, elel devait penser à lui comme lui à elle. La terreentière grouillait de sinistres paumés en son genre. Il fallait que je toruve un endroit où dormir. Le lit que j'avais partagé avec la petite Mexicaine avait été mon premier lit depuis trois semaines."


Maja Thurup

Extrait : "C'était d'ailleurs la vérité - il avait connu mille gueules de bois, mais ses tragédies n'avaient qu'une seule cause : maja Thurup était trop bien monté, beaucoup trop bien monté. Toutes les filles du village refusaient ses avances. De son instrument il avait déchiré à mort deux filles. L'une par devant, l'autre par derrière. Peu importe..."


Les tueurs (The Killers)

Extrait : "Si seulement il existait une solution intermédiaire acceptable. Apparemment on n'avait le choix qu'entre deux voies : persévérer dans l'arnaque ou devenir un clochard."


Un homme (A Man)

Extrait : "Tu parles comme un poète, George. Des fois tu parles comme ça. T'es un sacré plongeur de restau."


La classe (Class)

Tuer le père ? Où l'on apprend que "Buk" terrasse Hemingway dans un combat de boxe et lui prend sa gloire.

Extrait :
"Monsieur Chinaski ?
- Oui ?
- J'ai lu vos nouvelles. Elles m'ont tellement emballé que je n'ia pas dormi de la nuit. Vous êtes sans conteste le plus grand génie de la décade !
-Seulement de la décade ?
- Enfin, peut-être du siècle.
- Voilà qui est mieux."


Arrêtez de lorgner mes nénés, mister (Stop Staring at My Tits, Mister)

Extrait : "Les hommes se sont assis autour du feu de camp pour regarder. Il y avait del'électricité dans l'air. Les femmes sont restées dans les chariots, pour prier, se masturber, boire du gin. Gros Gus avait trente-quatre encoches sur son révolver, et une mauvaise mémoire. Le Kid n'avait pas la moindre encoche sur son révolver. Mais il possédait une assurance que les autres avaient rarement vue."

(Mon extrait préféré de cette nouvelle excellente ce serait le dernier paragraphe en fait, mais ce serait gâcher le suspense que de le mettre ici)


À propos d'un drapeau vietcong (Something About a Viet Cong Flag)

Une rencontre entre un sans-gêne et un groupe de trois pacifistes.


Tu ne sais pas écrire une histoire d'amour (You Can't Write a Love Story)

Extrait : "Margie devait sortir avec ce type mais en chemin ce type a rencontré un autre type qui portait un manteau de cuuir et le type au manteau de cuir a ouvert son manteau de cuir pour montrer ses seins à l'autre type et l'autre type est allé vor Margie et lui a dit qu'il ne pouvait plus sortir avec elle parce que le type au manteau de cuir lui avait montré ses seins et qu'il allait baiser avec ce type."


Guerre et taule (Remember Pearl Harbor?)

Extrait : "Je l'ai laissé gribouiller. J'étais indifférent. Maintenant que j'étais exclu de la guerre j'avais presque envie d'y participer. Pourtant, en même temps, j'étais heureux d'éviter le casse pipes"


Pittsburgh Phil and Co.

Un souvenir de courses hippiques de plus raconté par Bukowski...


Docteur nazi (Dr. Nazi)

Extrait : "D'accord je suis un type à problèmes. D'ailleurs, je me considère comm responsable de la plupart de mes problèmes. Je veux dire avec les femems, le jeu, mon hostilité envers des groupes d'individus - plus important est le groupe, plus dévastatrice mon hostilité."


Le Christ à patins à roulettes (Christ on Roller Skates)

Le sport et le business ; la manipulation des masses populaires !


L'expéditionnaire au nez rouge (A Shipping Clerk with a Red Nose)

Extrait : "J'ai commencé à lire les poèmes. Tous étaient puissants. Il avait la main lourde sur la machine à écrire, les mots semblaient ciselés dans le papier. La force qui se dégageait de son écriture me surprenait à chaque fois. Il paraissait dire tous les trucs que nous aurions dû dire, mais que nous n'avions jamais songé à dire"


Le diable était en chaleur (The Devil Was Hot)

Rencontre, très envahissante, avec le diable. Original...


Tripes (Guts)

Extrait : "Comme n'importe qui vous le dira, je ne suis pasun homme très affable. Les gens affables me donnent envie de dormir. J'ai toujours admiré les méchants, les hors-la-loi, les fils de pute. Je n'aime pas les petits gars rasés de près, portant cravate et nantis d'un bon boulot. J'iame les hommes désespérés, les hommes aux dents brisées, aux vies brisées et aux manières brusques. Ils m'intéressent."


"Un boulot comme un autre" (Hit Man)

Extrait : "Ronnie aimait les blondes. C'était comme la patin à glace et le patin à roulettes. Les blondes étaient le patin à glace, les autres le patin à roulettes. Même que les blondes avaient une odeur différent."


Voilà ce qui a tué Dylan Thomas (This Is What Killed Dylan Thomas)

Extrait : "Je vais à San Francisco donner une lecture de poésie. Je m'appelle Henry Chinaski, poète. Je suis profond, je suis magnifique. Des couilles. En plus c'est vrai, j'ai vraiment des couilles magnifiques."


Pas de cou et mauvais comme une teigne (No Neck and Bad as Hell)

Extrait : "Quand je me suis réveillé, Vicki avait acheté une glacière et dessinait sur le couvercle. Vicki était une enfant, une romantique, je l'aimais justement pour ça. J'abritais en moi tant de démons sinistres que son innocence me plaisait."


Les morts aiment ainsi (The Way the Dead Love)

Extrait : "Quand le vin a été terminé, la déprime, la toruille, l'inutilité de continuer sont devenues trop lourdes à supporter et j'ai compris que j'allais le faire. Dès qu'elle aurait quitté la piaule je le ferai. Comment, je ne savais pas très bien, on pouvait s'y prendre de cent manières différentes. Nous possédions un petit réchaud à gaz. Le gaz me séduisait assez. Le gaz est une sorte de baiser. Il laisse le corps intact. Le vin était éclusé. Je pouvais à peine marcher. Des vagues de peur et de sueur me ballottaient en tous sens. Soudain, tout devient simple."


Tous les trous du cul de la terre et le mien (All the Assholes in the World and Mine)

Extrait : "J'étais de retour à l'écurie. Formidable. Je me suis allongé sur le ventre. Au Vietnam, les armées en décousaient. Dans les allées, les pochards suçaient leurs bouteilles de pinard. Le soleil était encore haut. Ses rayons traversaient les rideaux. J'ai vu une araignée qui rampait sur le bord de la fenêtre. J'ai vu un vieux journal sur le plancher. Il y avait une photo de trois jeunes filles qui sautaient une haie en montrant leurs cuisses. L'appart me ressemblait, il avait la même odeur que moi."


Confessions d'un homme assez fou pour vivre avec des bêtes (Confessions of a Man Insane Enough to Live with Beasts)

Extrait : "On aurait dit une mèche à bois, ça aurait pu être une mèche à bois, je sentais l'huile qui cramait. Ils me collaient ça dans la tête, dans la chair, ça pénétrait, et faisait sortir le sang et le pus, et je restais assis là, mon âme de singe suspendue au bord d'une falaise. J'étais couvert de furoncles gros comme des petites pommes. J'étais ridicule, invraisemblable. Le pire cas que j'ia jamais vu, déclara un toubib, et sa jeunesse était loin derrière lui. Ils m'examinaient comme on examine un monstre. J'étais un monstre, je suis toujours un monstre."

 




Voilà pour ce "petit" tour d'horizon de chacune des nouvelles. Pas grand chose à dire de plus je pense. Soit les extraits vous plaisent et vous achetez le livre pour le lire, soit le style n'est pas à votre convenance (la vulgarité peut rebuter, je le conçois).
Sinon par rapport à ce que je dis dans la traduction en haut, je ne pense pas qu'elle soit mauvaise et ce n'est jamais évidement de faire le choix d'adapter ou non certaines choses. En l'occurence j'aurais laissé le nom des équipes de sport en américain par exemple, mais c'est juste uen question de préférence personnelle un peu comme la traduction des suffixes en japonais.

Bon bah voilà... je ne sais pas encore si le prochain article portera sur La chute d'Albert Camus, Sur la route de Jack Kerouac, Kyôto de Yasunari Kawabata, ou encore autre chose (vous commencez à me connaitre :p) mais de toute façon tous ces livres sont "à lire" et je les recommande vivement dès maintenant.
 

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